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Diversité et créativité de la littérature mexicaine

 
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larouge
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MessagePosté le: Jeu 12 Fév - 16:07 (2009)    Sujet du message: Diversité et créativité de la littérature mexicaine Répondre en citant

Diversité et créativité de la littérature mexicaine
Aux sources de la littérature mexicaine, on trouve les textes mayas et nahuatl, échappés aux flammes des évêques pendant la Conquête espagnole. Parmi eux, les Livres de Chilam Balam, recueils de textes historiques et prophétiques ont notamment été traduits en 1955 par Benjamin Péret et retraduits en 1996 par Jean-Marie Gustave Le Clézio. Du 11ème au 16ème siècle, fleurit sur le haut plateau mexicain une poésie indissolublement liée à la musique et à la danse, porteuse d’interrogations métaphysiques sur la présence de l’homme au monde, la précarité des biens, la fuite du temps, la vérité de la connaissance. Le nom de Nezahuatcoyotl (1402-1472), roi de Texcoco, architecte, législateur, philosophe et poète, a défié l’oubli et survit dans des poèmes consacrés au mystère de la création divine et de l’immortalité poétique.
Des quatre siècles de civilisation espagnole, pendant lesquels l’introduction de romans étrangers est interdite dans les Indes Occidentales, nous sont parvenus les poèmes et les drames, profanes ou sacrés, de Sor Juana Inés de la Cruz, « la Dixième Muse », à laquelle Octavio Paz consacrera en 1982 un essai admirable, mais aussi le théâtre de Juan Ruiz de Alarcón, qu’une polémique célèbre opposera à Madrid au grand Lope de Vega. Après l’indépendance, dans un contexte historique particulièrement chaotique, marqué notamment par la guerre avec les Etats-Unis à l’issue de laquelle le Mexique perd la moitié de son territoire et par l’expédition militaire française qui tente vainement d’installer Maximilien de Habsbourg sur le trône impérial mexicain, naît le roman. Sous la double influence du romantisme et du naturalisme, ce nouveau genre s’attache à décrire les différents groupes sociaux, les bas-fonds de Mexico, le caciquisme qui met la campagne en coupe réglée, le banditisme, la corruption des fonctionnaires, l’interventionnisme des militaires et la violence de la vie quotidienne. Zola et Pérez Galdós sont lus avec passion, le feuilleton prolifère dans les journaux, et le romancier-diplomate Federico Gamboa voit ses romans – dont le célèbre Santa, inspiré par Nana de Zola et plus tard maintes fois porté au cinéma – se vendre à des milliers d’exemplaires, malgré l’analphabétisme largement dominant dans la population. Comme d’autres pays du sous-continent, le Mexique connaît, à la charnière du 19ème et du 20ème siècle, la vague moderniste. En 1910, au terme de la longue dictature de Porfirio Díaz qui s’ouvrira largement à la culture française, la Révolution éclate, accompagnée, dans les années 20, d’une série de réformes concernant l’éducation, les arts plastiques, marqués par l’avènement du muralisme, et la culture en général. Le « roman de la Révolution », illustré de façon magistrale par la parution de Ceux d’en-bas (1916), de Mariano Azuela, et L’Aigle et le Serpent (1920) de Martín Luis Guzmán – adopte les codes du réalisme traditionnel. Jusqu’au milieu des années 1940, la culture mexicaine – roman, peinture, cinéma, théâtre – se nourrira en grande partie de l’imagerie révolutionnaire, jusqu’à la figer en autant de stéréotypes. C’est de l’essai que viendra le renouveau. Dramaturge et poète, Alfonso Reyes, qui a milité toute sa vie en faveur d’un humanisme ouvert sur le monde, écrit en 1932 : « La seule façon d’être profitablement national consiste à être généreusement universel ». Une « résistance intérieure » s’organise entre poètes, critiques et dramaturges, autour de la revue Contemporáneos, publiée entre 1928 et 1931. Peu à peu, la « cortina de nopal » – le rideau de cactus – hérissé autour de la culture nationale se déchire enfin grâce à des romanciers comme Agustín Yáñez, José Revueltas et surtout Juan Rulfo, marqué par l’influence de Faulkner. Dans Pedro Páramo, chronique elliptique de la vie d’un cacique, le romancier se souvient des dialogues laconiques de l’écrivain du Mississipi. Derrière le souvenir de ce chef local, reconstruit à travers les murmures d’une communauté villageoise, transparaît la conscience de la faute qui accable l’espèce humaine.
Deux grandes figures émergent de la richesse et de la variété littéraire du 20ème siècle. Tout d’abord Octavio Paz, prix Nobel de Littérature en 1990, infatigable créateur d’images, dont l’œuvre critique – Le labyrinthe de la solitude (1950, remanié en 1955), a été salué par Carlos Fuentes, comme un « suprême effort intellectuel pour assimiler le passé du Mexique, séparer les valeurs vivantes des valeurs mortes et trouver un contexte humain au particularisme mexicain ». Cet essai prolonge harmonieusement les écrits poétique de l’auteur, dont Julio Cortázar a pu écrire : « Cette quête, il la poursuit depuis longtemps, se penchant à chacune des multiples portières du train Verbe, consultant les sources les plus secrètes de l’érotisme, les signes ésotériques ou exotiques, cherchant les réponses qui s’éveillent dans un haïku, dans un bas-relief de Kajuraho ou de Karnak, dans une méthode structuraliste, dans le parler de son peuple, dans un « ready-made », dans les mythologies latino-américaines, dans la poésie d’un Fernando Pessoa ou d’un Luis Cernuda ». De son côté, Carlos Fuentes, romancier, nouvelliste, dramaturge, essayiste, chroniqueur, fait éclater le temps, exploser l’espace, se fissurer toute cohérence psychologique dans son œuvre romanesque, de La plus limpide région à de La mort d’Artemio Cruz à Christophe et son œuf, en passant par Terra Nostra – pour ne citer que quelques-uns de ses romans les plus célèbres. La chronologie compte ici moins que l’analogie ou la correspondance, cette « cérémonie secrète » où l’individu mesure la distance qui sépare le désir de son objet. Tous ses personnages vivent écartelés entre leurs impossibles aspirations et un réel décevant, tissé d’insécurité et de médiocrité ; cette « schizophrénie » (le mot est de lui) se résout dans la violence ou la mort, le rêve ou le mythe.
Au 20ème siècle, la littérature mexicaine a connu une série de séismes, inscrits dans ce qu’Octavio Paz a appelé la « tradition de la rupture », qui ont réorienté la production littéraire vers des voies nouvelles. Les années 1950 voient apparaître une génération plus préoccupée de l’expression de ses désirs et de son humanité que de celle de sa « mexicanité ». Ces écrivains aspirent à une littérature du dépaysement, ouverte à la culture de l’autre, réfractaire à tout ce qui ressemble de près ou de loin à un « message ». Sergio Pitol, dont les personnages sont souvent aux prises avec un problème d’écriture dans un ouvrage d’histoire ou de fiction, en est la brillante incarnation. Dans son œuvre, les jeux intertextuels abondent et la mise en abyme de formes narratives revient fréquemment. Immédiatement reconnaissable, sa « manière » se caractérise par des traits récurrents : un grotesque qui tend au tragique, une irruption de l’absurde ou du scatologique dans un débat littéraire, un sens de la caricature exacerbé, la nostalgie du temps enfui, de longues phrases proustiennes à la respiration parfaite. La rupture a également eu lieu – autour de figures comme José Agustín et Gustavo Saínz – avec la « Onda », mouvement porté, à Mexico dans le courant des années 1960, par une jeunesse dont les codes particuliers - drogue, rock, argot – « hispanglish » – de la frontière et des prisons- affichent un rejet général du système politique et social national, sentiment qui culminera après 1968 et le massacre de Tlatelolco [1]. Dans les romans de José Agustín, les personnages franchissent avec acharnement les barrières sociales et morales, et à force de liberté, frayent dangereusement avec l’absurde et la mort. Dans un Mexico qu’ils ne reconnaissent plus, chaotique, « calcuttisé », aliéné et pollué, où s’entassent sans vraiment communiquer près de 20 millions d’habitants, ils veulent à toute force échapper à l’apocalypse. Cette sombre vision de la capitale habite les romans et les nouvelles de Vicente Leñero, Homero Aridjis, Fabrizio Mejía Madrid et Guillermo Fadanelli, les chroniques d’Elena Poniatowska et de Carlos Monsiváis, le « néo-polar » de Paco Ignacio Taibo II ou encore dans les farces féroces et drolatiques d’Enrique Serna. L’histoire officielle, à son tour, au terme d’une lutte entre documentation et imagination, est remise en question dans les romans de Fernando del Paso et de Carmen Boullosa. En 1996, apparaissent les textes fondateurs du « crack, » qui s’élève contre la mode, à ses yeux frelatée, d’un néo-réalisme magique et préconise une littérature fondée sur la complexité de la trame narrative, la polyphonie, l’expérimentation linguistique. Ignacio Padilla, un de ses membres les plus actifs avec Jorge Volpi et Eloy Urroz, insiste sur « la nécessité de rendre à l’art sa complexité et sa difficulté, le rejet d’une littérature frivole et de toute dévaluation du lecteur et, surtout, une défense inconditionnelle de l’humour ». Comme ses compagnons, Padilla ne se sent nullement obligé de situer ses récits dans le Mexique contemporain ; Amphitryon, envoûtant roman à énigme, explore le chaos créé par une crise d’identité, « le désir d’être autre », les avatars cruels du hasard, les horreurs de l’histoire – ici la montée du nazisme et l’holocauste–, la spirale meurtrière du mensonge, les aléas de la vérité. Un (faux) débat s’est développé au cours de ces dernières années, à propos de l’émergence d’une prétendue littérature « norteña » (du nord) ou « fronteriza » (de la frontière ). S’il est vrai qu’il existe une culture propre aux régions frontalières des Etats-Unis, marquées par les phénomènes de migration, la désertification du paysage, l’implantation des « maquiladoras », ces usines de production d’objets manufacturés directement exportés vers les Etats-Unis et exploitant une main-d’œuvre féminine, et par l‘explosion de la violence (illustrée par les meurtres de femmes de Ciudad Juárez, dont Sergio González Suárez rend compte dans son impressionnant essai intitulé Des os dans le désert) directement liée au trafic de drogue, Daniel Sada, David Toscana et d’autres auteurs refusent cette étiquette régionaliste et se revendiquent écrivains mexicains à part entière. Enfin, il est d’autres voix qui s’expriment dans des langues indiennes, comme le maya pour Briceida Cuevas Cob ou le mazatèque pour Juan Gregorio Regino, et, si elles résonnent d’échos anciens, elles n’ont pas à voir avec l’ethnologie ou l’archéologie mais relèvent bien d’une voix poétique actuelle. Les quarante écrivains et plus invités au Salon cette année incarnent une littérature mexicaine résolument vivante et inscrite dans notre monde contemporain. Les rencontres organisées au Salon du Livre permettront d’apprécier l’écriture de chacun d’entre eux.



Claude FELL
Conseiller littéraire auprès du Centre national du livre
Pour cette édition mexicaine du Salon du Livre de Paris





[1] Le 2 octobre 1968, les forces de l’ordre mexicaines firent feu sur des groupes d’étudiants assemblés sur la place des trois cultures à Tlatelolco afin de faire taire leurs revendications contestataires à l’approche des jeux olympiques d’été de Mexico.


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MessagePosté le: Jeu 12 Fév - 16:07 (2009)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Jeu 12 Fév - 16:08 (2009)    Sujet du message: Diversité et créativité de la littérature mexicaine Répondre en citant

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