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antonio sarabia

 
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larouge
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MessagePosté le: Jeu 12 Fév - 12:31 (2009)    Sujet du message: antonio sarabia Répondre en citant

Le ciel a belle dents
Roman traduit de l'espagnol par Claude Couffon
par Elena Ribera de la Suchère





 

Séville, sa Tour de l'Or, sa Cathédrale et ses marchés, ses rues étroites bordées de boutiques d'orfèvres et de libraires, le quartier de Triana et ses tavernes fréquentées par les gens de mer : tel est le prestigieux décor dans lequel Antonio Sarabia situe son roman Le ciel à belles dents.

Nous sommes en 1500. Les badauds descendent en foule vers le débarcadère de El Arenal pour accueillir les caravelles qui remontent le Guadalquivir, venant de l'autre rive de la Mer Océane (l'Atlantique). Mais ces terres du bout du monde, découvertes huit ans plus tôt par Christophe Colomb appartiennent-elles au continent asiatique ? . Si le Découvreur a atteint Catay (la Chine) et Cipango (Le Japon), où sont les pierres précieuses les lingots d'or tant vantés par Marco Polo ? Lassé de ne ramener que de la menue pacotille et des perroquets, Colomb a organisé un trafic d'esclaves indiens. Hostile à cette initiative, la Reine Isabelle la Catholique a institué une commission chargée de préserver les captifs des mauvais traitements. Mais la Reine n'a pas encore fait connaître sa décision sur le statut des Indiens. Ce matin de l'été 1500, où l'on assiste au débarquement d'un nouveau groupe d'esclaves, le jeune Alonso Alvarez tente de se frayer passage dans la foule des badauds. Apprenti dans l'atelier d'imprimerie de Melchior Gorrizio, Alonso s'apprête à jouer un rôle dans l'aventure du livre imprimé, cet autre nouveau monde qui vient de s'ouvrir à l'activité des hommes. Au débarcadère de El Arenal, il retrouve, ce matin-là, son ami Bartolomé de Las Casas. Le futur évêque de San Cristobal, au Chiapas, n'est pas encore entré dans les ordres. Mais le spectacle du désarroi des captifs et la gentillesse de Cristobalillo, le petit page que son père lui a ramené des Antilles, ont certes contribué à éveiller sa vocation de défenseur des Indiens.

Voici donc indiqués dès l'abord les thèmes majeurs de l'ouvrage : controverses autour des découvertes maritimes, esclavage des Indiens, débuts de l'imprimerie. Trois thèmes entrelacés avec une subtilité qui ne saurait surprendre les lecteurs de Sarabia, car cet écrivain (né à Mexico en 1944), figure parmi les meilleurs romanciers mexicains de sa génération. L'un de ses romans Les Invités du volcan, a été publié en France voici deux ans.1

Sarabia situe au centre de l'action une taverne du quartier de Triana. Le patron, Diego Alvarez, a acquis une esclave indienne, baptisée Catalina. Destinée au rôle de maîtresse servante, la fille, apparemment incapable d'apprendre un mot d'espagnol, est inapte aux tâches ménagères. Mais Diego Alvarez trouve en elle une maîtresse désirable, d'une inlassable passivité, qu'il prête à l'occasion à ses meilleurs amis et à son frère cadet Alonso, l'apprenti imprimeur. Le jeune homme, féru de romans de chevalerie, voit en Catalina une princesse captive. Un jour, il invite à la taverne de Triana, le jeune Bartolomé de Las Casas et Cristobalillo, son petit page. Cristobalillo et Catalina, qui se sont connus quelques mois plus tôt à bord de la caravelle qui les amenait des Antilles, se retrouvent avec joie, bien qu'ils soient issus d'ethnies ennemies. Le jeune garçon appartient à la tribu pacifique des Taïnos de l'île Hispaniola (aujourd'hui République Dominicaine). Catalina descend des féroces Caraïbes, mangeurs de chair humaine. Mais, sur le pont de la caravelle, la faim et l'effroi ont rapproché les deux adolescents.

Après plusieurs mois en Espagne, Cristobalillo, qui parle aisément l'espagnol, est, au fond, aussi déconcerté que Catalina par l'univers inconcevable auquel il est confronté. Comment ont réagi les Indiens à ce premier contact ? Quelle a été leur vision du monde occidental ? Sarabia répond à ces questions par des hypothèses ingénieuses. C'est ainsi que le jeune Cristobalillo croit que les grands voiliers sont entraînés par les nuages qui environnent leurs mâts et que les canots largués à la mer sont les bébés de maman caravelle.

Tandis que les deux jeunes Indiens bavardent dans un langage semblable au gazouillis des oiseaux, les habitués de la taverne festoient à la table du patron. Entre gens de mer, la conversation porte sur les récentes découvertes maritimes. Deux des convives, Martin de Monroy et Pedro Zuñiga ont participé à des expéditions. Le troisième compère, le cartographe portugais João Almada, remarque que si, en deux mois de navigation, Colomb a vraiment atteint l'Asie, il faut conclure que tous les calculs antérieurs sur la circonférence de la terre étaient erronés. Dans cette hypothèse, le globe terrestre perdrait plus d'un tiers de sa superficie. D'ailleurs l'aspect physique des naturels de la Hispaniola, leur niveau de civilisation, la faune et la flore de l'île, ne rappellent en rien les descriptions de l'Extrême-Orient. La conclusion semble évidente : Colomb n'a découvert que quelques îles perdues au milieu de la Mer Océane. Mais de nouvelles virtualités surgissent dès l'instant ou Amerigo Vespucci participe aux conciliabules. Vespucci revient d'une expédition qui a longé des côtes inconnues (celles du Venezuela et de la Colombie). Il pense avoir découvert la terre ferme et peut-être un continent interposé entre l'Occident de l'Europe et l'Extrême-Orient.

Les habitués de la taverne de Triana sont agités par la nouvelle du retour de Colomb, non en triomphateur mais les fers aux pieds. La Reine et Ferdinand d'Aragon, son époux, rendent Colomb responsable de l'anarchie qui règne à la Hispaniola. Les Espagnols guerroient contre les naturels et se battent entre eux. Les habitants s'enfuient dans les montagnes au centre de l'île où ils périssent de famine. Accoutumés à se nourrir, sur le littoral, de coquillages et de poissons, ils ne trouvent pas leur subsistance dans ce nouvel environnement. Le Gouverneur envoyé pour rétablir l'ordre, Francisco de Bobadilla, s'empresse de réexpédier Colomb en Espagne. Dès son arrivée, le Découvreur est interné au monastère de las Cuevas où Vespucci est autorisé à lui rendre visite. Sarabia oppose l'un à l'autre, dans un saisissant face à face, les deux Italiens qui ont contribué de façon décisive à la Rencontre des Deux Mondes : Colomb qui, selon le mot de Madariaga, " a découvert l'Amérique par erreur ", et Vespucci qui, ayant commencé à définir la position et les contours du continent, lui a légué son prénom. Le patricien toscan, esprit scientifique, pose des questions précises. Le fils du tisserand génois s'évade dans le rêve. Il se voit à la tête d'une armada naviguant vers l'ouest, sur la Mer Océane, pour atteindre Jérusalem et délivrer le Saint-Sépulcre. Pour reconquérir la faveur royale, Colomb rédige un livre dans lequel les citations bibliques alternent avec les vaticinations. Le manuscrit est confié à Maître Gorrizio ; et le lecteur est conduit dans l'atelier d'imprimerie où l'apprenti Alonso s'évertue à modeler délicatement les lettres et à tapoter avec un marteau sur un poinçon pour pénétrer le métal tendre des matrices où l'on disposera ensuite les caractères choisis.

Mais Alonso se tourmente. Sa bien-aimée Catalina est enceinte. Le patron de la taverne ne demande qu'à la garder prés de lui avec l'enfant à naître dont il est probablement le père. Alonso qui, lui aussi, revendique la paternité de l'enfant, envisage d'épouser sa princesse captive. Mais Catalina s'enfuit de la taverne. Après de longues recherches, Alonso la retrouve dans une masure de la grande Truanderie, le quartier des prostituées. Amaigrie, avilie, Catalina s'efforce de dissimuler sa grossesse. Alonso la supplie de revenir à la taverne de Triana, mais elle feint de ne pas le reconnaître. Quelques semaines plus tard, on apprend qu'elle a été surprise en train de dévorer son enfant nouveau-né. Comme on a trouvé dans ses hardes un fétiche auquel elle semble rendre un culte, le cas est déféré au Tribunal de l'Inquisition. Catalina est condamnée au bûcher. Sarabia décrit de façon saisissante le sinistre cérémonial. Une procession d'hommes endeuillés portant des torches fumantes, des croix et des étendards, et chantant des cantiques funèbres, entraîne la condamnée vers le lieu du supplice. Alors que les flammes commencent à ramper vers elle, Catalina, liée au poteau et déjà environnée de fumée, hurle d'une voix forte, en Espagnol, sa haine des Chrétiens. Oui, elle a dévoré son enfant pour lui épargner l'horreur de vivre dans ce monde abhorré.

Peu de temps après la mort de Catalinam, la Reine prend la décision d'émanciper les esclaves indiens amenés en Espagne. Et cette première mesure sera suivie d'une série d'ordonnances précisant que les Indiens, en Espagne et sur les territoires espagnols au-delà des mers, ne devront jamais plus être considérés comme des esclaves. Le jeune Cristobalillo est désormais un être libre. Il pourrait rester auprès des Las Casas qui le considèrent comme un enfant de la famille. Mais il éprouve trop fortement la nostalgie de ces plages ensoleillées où il entendait jadis " le bourdonnement des insectes, la cantilène des oiseaux, les cris des perroquets et des singes ". A la dernière page du livre, Bartolomé de Las Casas et Alonso accompagnent leur ami jusqu'à l'embarcadère de El Arenal et ils voient la caravelle du retour s'éloigner sur les eaux du Guadalquivir et se perdre dans le lointain.

Dans ce roman attachant, qui est aussi une grande fresque historique, Sarabia ressuscite une époque essentielle de l'histoire de l'humanité, avec ses couleurs et son mouvement, son raffinement et sa cruauté, le pittoresque de ses cités et son vaste horizon marin. Et Claude Couffon a su faire passer dans la version française la force d'évocation et la poésie du texte originel.

Editions Métailié
Prix : 111,50 FF


1 Le roman Les invités du volcan a également été publié par les Editions Métailié.


http://pagesperso-orange.fr/mexiqueculture


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MessagePosté le: Jeu 12 Fév - 12:31 (2009)    Sujet du message: Publicité

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