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King Lopitos de Vilma Fuentes

 
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MessagePosté le: Jeu 12 Fév - 12:20 (2009)    Sujet du message: King Lopitos de Vilma Fuentes Répondre en citant

King Lopitos de Vilma Fuentes

Roman traduit de l'espagnol par Emile et Nicole Martel






par Elena Ribera de la Suchère
 

Polar surréaliste, King Lopitos, le nouveau roman de Vilma Fuentes, a été conçu au point de rencontre de l'action et de l'imaginaire. Un vieil homme se souvient. Aujourd'hui paisible gardien de square d'enfants, et naguère tueur à gages, il participa, en compagnie de quatre compères à l'assassinat de King Lopitos. Mais les faits sont anciens. Il oublie certains épisodes, il confond les époques, il réinvente ce qu'il a oublié.

" La mémoire - écrit Vilma Fuentes - n'est peut être qu'un enchaînement d'oublis ". Il arrive aussi au narrateur de ne plus bien distinguer ses souvenirs de ceux de Lopitos. Ainsi, " dans cet aller-retour du temps où il se déplace ", le narrateur rassemble les pièces d'un puzzle qu'il appartient au lecteur de mettre en place pour retracer les étapes de la brève existence de Lopitos.

Le narrateur évoque sa première rencontre avec ce jeune garçon sans peur, sans pitié‚ et sans espoir, qui marchait droit devant lui d'un pas altier, sac à l'épaule, et qui se plaisait, par pur défi, à mettre sa vie en jeu. Il avait 15 ans lorsque, fuyant les bidonvilles de Mexico, il arriva à Acapulco dans un autobus de troisième classe si déglinguée qu'il faisait penser à un cercueil ambulant. Il découvrit alors la poussière rouge sur les collines, la mer et la rumeur des vagues. Le même jour, une Oldsmobile somptueuse amenait à Acapulco deux voyageurs, deux amis : l'architecte mexicain José Luis Mendoza et le gringo Jim O'Connors, promoteur alcoolique et quelque peu visionnaire. Tous deux rêvaient de transformer Acapulco - qui à l'époque, n'était pas encore une station touristique d'intérêt mondial - en un nouvel Eden. On était alors à la fin de la deuxième guerre mondiale ; et les deux compères comptaient, pour la réalisation de leurs projets, sur les énormes capitaux européens qui fuyant le désastre du vieux continent, affluaient au Mexique.

Deux personnalités locales allaient participer à la création du nouvel Acapulco. L'un, le Révérend Père Juarez, riche planteur de cocotiers, vivait en ermite dans une somptueuse hacienda et exerçait une influence dans les sphères de la politique locale. L'autre, Doña Soledad, " la plus belle femme du monde ", avait fait de sa beauté un usage si lucratif que, de mariages en aventures, elle avait acquis non seulement une grande fortune, mais aussi un capital de souvenirs utiles et d'oreilles attentives dans les entours du Pouvoir. La conjonction des riches et des puissants allait donner naissance au nouvel Acapulco et à ses hôtels de luxe, avec leur environnement de terrasses, de jardins, de palmiers, de cascades et de piscines. Mais bientôt, attirés par l'espoir d'un travail, des hommes venus de partout et suivis de leurs femmes et de leurs enfants, prenaient possession d'un petit lopin de terre rouge où ils montaient les quatre murs de carton et de palmes d'une bicoque. Autour de l'Acapulco des nantis, s'édifiait un autre Acapulco, gigantesque fourmilière de miséreux, de mendiants et de tueurs. Dès cet instant l'apologue des deux cités sœurs et ennemies, s'insinue dans le récit des aventures de Lopitos. La préoccupation sociale n'est jamais absente des écrits de Vilma Fuentes, de ses chroniques dans La Jornada, le grand quotidien de Mexico, de ses essais et de ses romans. Nombre de lecteurs français ont pu constater la présence de notations et de critiques sociales dans l'œuvre de l'auteur, puisque trois de ses romans " L'autobus de Mexico ", " Gloria " et " La Castañeda "1 ont déjà été traduits et publiés en France. Dans " King Lopitos ", comme dans ses romans antérieurs, le thème social s'articule avec le récit d'un destin individuel en un texte équilibré et bien maîtrisé. L'adolescent Lopitos avait d'abord tenté de s'intégrer à l'ordre établi en installant un étal de poissons sur le marché. Mais traqué par des policiers qui exigeaient des pots-de-vin en menaçant de fermer son commerce, il liquida de trois balles dans le ventre chacun de ses persécuteurs. Le garçon avait désormais rompu avec la légalité. Il était un hors-la-loi, un tueur à gages, un homme qui tue pour vivre. Il n'allait pas tarder à se faire une réputation dans la pègre d'Acapulco.

Le destin de Lopitos se confond avec celui de la ville à partir de la nuit où un gigantesque incendie détruit l'Acapulco des pauvres. Le feu avait été allumé par des mercenaires aux ordres de promoteurs désireux de s'emparer des terrains. Assisté de sa bande de truands, Lopitos regroupa les survivants, leur procura des armes et les encouragea à revenir sur la terre brûlée qui était plus encore que naguère, " la terre de personne " et à y reconstruire leurs cabanes. Effrayées par l'agitation populaire et plus encore peut-être par les retombées du scandale provoqué par l'incendie, les autorités locales accordèrent des titres de propriété aux squatters et firent installer des égouts et l'électricité dans les bas quartiers. A partir de ce moment, Lopitos devint un " dieu vivant " pour les habitants de l'Acapulco des pauvres. Il était désormais le roi des gueux : King Lopitos. Pendant plus de dix ans, il allait régner en monarque absolu sur son royaume de tueurs, de putes et de trafiquants. A diverses reprises, des politiciens locaux jaloux de sa popularité‚ et des promoteurs désireux de s'approprier les terrains, projetèrent son assassinat. Mais nul n'osait le tuer, quelle que soit la prime offerte. Protégé par la fidélité du peuple de la misère et par ses gardes du corps, Lopitos semblait invulnérable. Il ne pouvait être abattu que par ses compagnons les plus proches. Ceux qui, pour avoir été ses " ombres " pendant tant d'années, connaissaient trop bien ses secrets et pouvaient craindre de devenir ses victimes.

Cette chronique de notre temps qui tient constamment le lecteur en haleine et le déconcerte par ses rebondissements imprévus, s'achève sur l'image de Lopitos renversé sur l'asphalte, " pissant le sang par tous les trous qu'on lui avait faits ".

Les traducteurs Emile et Nicole Martel ont réussi à faire passer dans le texte français la fluidité flamboyante du style de Vilma Fuentes. Avec " King Lopitos ", le réalisme magique a peut-être trouvé son second souffle.


Editions Les Allusifs, Québec (Canada)
Dépositaire à Paris : Librairie du Québec, 10 rue Gay-Lussac, Paris 5e
Prix : 95 FF.


1 L'Autobus de Mexico a été publié par les Editions Actes Sud en 1995, La Castañeda et Gloria par les Editions La Différence respectivement en 1988 et 1990.



 


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MessagePosté le: Jeu 12 Fév - 12:20 (2009)    Sujet du message: Publicité

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