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fuentes et pit

 
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larouge
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MessagePosté le: Mer 11 Fév - 16:49 (2009)    Sujet du message: fuentes et pit Répondre en citant

Ce que je crois
Carlos Fuentes
Traduit de l'Espagnol par Jean-Claude Masson

 


Un monde aux quarante aspects dans le cadre d'un abécédaire : on pourrait définir en ces termes le dernier livre de Carlos Fuentes "Ce que je crois ".
La lettre A d'amitié évoque les amitiés enfantines d'un fils de diplomate, brèves rencontres toujours écourtées par un nouveau départ. Condamnés à une vie errante, itinérante, les diplomates - " Ces gitans en frac ", disait l'Ambassadeur Fuentes, père de Carlos - ne peuvent nouer que des liens éphémères.
La lettre Z de Zurich évoque une autre brève rencontre dans un restaurant, au cours d'une nuit de carnaval. Une rencontre sans paroles avec un homme d'age mûr qui portait un veston blanc croisé et dont " les longs doigts délicats découpaient un faisan froid avec une minutieuse courtoisie ". Ce septuagénaire suprêmement raffiné se nommait Thomas Mann.
De A à Z se succèdent des textes qui constituent autant de brefs essais indépendants, complets, achevés et parachevés. Et l'on ne sait s'il convient d'admirer davantage le verbe étincelant de Fuentes - admirablement rendu par son traducteur Jean-Claude Masson - ou sa prodigieuse érudition. Ouvrages philosophiques, romans, essais : Fuentes a tout lu. Les auteurs anglais, nord-américains, russes ou tchèques lui sont aussi familiers que les écrivains espagnols, latino-américains ou français. Dans une série d'essais consacrés à Balzac, Cervantès, Homère, Faulkner, Shakespeare et Kafka, il parvient à projeter un éclairage nouveau sur des textes éternels. Il aborde, une seule fois, la critique d'art pour tenter d'expliquer le mystère de Vélasquez. Comment cet artiste, cloîtré à vie dans le ritualisme contraignant de l'Escorial, est-il devenu le peintre de la libre allégresse de l'Espagne populaire, ainsi que "le créateur d'une autre réalité, fondée, cette fois, sur la liberté de l'imaginaire? " Aux yeux de Fuentes, le peintre de Les Ménines "se trouve au centre et au sommet, à la base et à l'horizon de la peinture moderne ".
La lettre C est la clé qui ouvre un long chapitre sur le cinéma. Fuentes a vécu une partie de sa vie dans le milieu cinématographique. Sa première épouse, Rita Macedo, fut l'une des "stars " de l'écran mexicain au cours des années 50 et 6O du siècle dernier. Fuentes la dépeint en ces termes : " Brune, aux grands yeux en amandes et aux pommettes saillantes ". Carlos et Rita habitaient alors une maison accueillante ou presque chaque soir était un soir de fête. On y rencontrait les amis de Carlos - Fernando Benítez, Elena Poniatowska, Víctor Flores Olea, Gabriel García Marquez- et aussi des cinéastes amis de Rita. Dans une maisonnette voisine vivait alors Alida Valli, l'interprète du Troisième Homme et du merveilleux Senso de Visconti. D'ailleurs ce ne fut pas cet environnement qui suscita l'intérêt de Fuentes pour le cinéma, mais plutôt sa passion juvénile pour le septième art qui l'orienta vers les milieux du cinéma. " Ce que je crois " fera comprendre aux jeunes d'aujourd'hui la fascination que le cinéma exerça sur la génération dont la jeunesse coïncida avec celle de cet art nouveau, qui ne devait rien au passé. Fuentes évoque avec une tendre nostalgie les films muets de son adolescence, en particulier les grands comiques de l'époque - Chaplin, Harold Lloyd. Buster Keaton, Laurel et Hardy, - dont les gags étaient fondés sur la pure visualité. Le son les a ruinés. Après les films "insipides" des débuts du cinéma parlant, une véritable révolution narrative et visuelle est déclenchée par Orson Welles, Le son et l'image s'intègrent enfin pleinement dans Citizen Kane , que Fuentes considère comme le meilleur film du XXème siècle. On est surpris que Fuentes n'ait pas accordé plus d'attention à Emilio Fernández et à la révélation que constitua, pour d'Europe, la découverte de Maria Candelaria au Festival de Cannes. Par contre, notre auteur consacre des pages ferventes à l'oeuvre de Buñuel, qui fut pour lui un ami de toute la vie.
Dans l'abécédaire de Fuentes, le mot amour renvoie à Silvia, sa deuxième épouse, Silvia Lemus. " Elle réunit tout- écrit-il - la beauté, le plaisir érotique, le plaisir tout simple d'être ensemble, de marcher, de voyager ensemble, la joie d'avoir des enfants, le chagrin de les perdre ".
Cette épreuve n'a pas été épargnée au couple Carlos-Silvia. Leur fils, ce jeune Carlos Fuentes Lemus auquel "Ce que je crois " est dédié, était, lorsque Fuentes arriva à Paris comme ambassadeur, en 1975, un gros poupon de deux ans qui faisait les délices des membres de l'Ambassade, et qui semblait en parfaite santé. Il souffrait néanmoins d'hémophilie et devait déjà recevoir des injections d'agent coagulant. " Nous pensions- écrit Fuentes - que ce traitement pourrait le soulager toute sa vie ". Enfant surdoué, lauréat à cinq ans d'un concours international de dessins d'enfants, peintre, photographe, musicien, poète, admirateur passionné d'Elvis Presley, le jeune Carlos "effectua sa trajectoire artistique dans l'urgence, la joie, la douleur, mais sans une seule plainte ". A la veille de sa mort, à Puerto Vallarta, il formait nombre de projets : terminer un film, publier une plaquette de vers, exposer des tableaux. Le lendemain matin, il était foudroyé par un infarctus pulmonaire. C'était le 5 mai 1999. Il allait avoir 26 ans.
On aimerait fermer l'abécédaire de Fuentes sur cette page pathétique. Mais ce serait méconnaître des textes essentiels qui relèvent d'autres aspects de l'auteur : le diplomate et le politologue. On lira avec intérêt son analyse si fouillée, si nuancée des conséquences de la globalisation, et, en guise de complément, ses réflexions sur les vicissitudes, les mutations et l'impuissance de la gauche. Elle attendait des rénovateurs ; elle a trouvé des gestionnaires. Elle est en retard d'une ère économique. Et ce ne sont pas les vieilles recettes qui furent utiles en d'autres conjonctures, qui permettront aujourd'hui de maîtriser la réalité radicalement nouvelle de la globalisation et les inégalités qu'elle engendre ou qu'elle accroît.
Sur le thème de l'éducation, Fuentes a écrit un texte exhaustif. L'éducation -dit-il - est devenue la base de la productivité. Le monde dépense chaque année huit cents milliards de dollars en armement, mais ne parvient pas à trouver les six milliards nécessaires pour donner enfin une école à tous les enfants de la planète. Il suffirait d'un pour cent de baisse des dépenses militaires pour asseoir tous les enfants du monde devant un tableau noir ". Par ailleurs Fuentes est le premier essayiste qui ait signalé le rôle croissant de la société civile, la prodigieuse prolifération des associations non gouvernementales - les ONG- qui constitue l'un des aspects essentiels de notre époque. Abordant un autre thème majeur de notre temps, la défense de l'environnement, Fuentes, par la magie de son verbe, rend palpable, tangible, la menace de destruction de la nature : " Je suis préoccupé par le fait que, pour la première fois dans l'Histoire, l'homme ait l'épouvantable capacité de se suicider en anéantissant également la nature qui, jusqu'ici, avait toujours survécu à nos tragiques folies ".
En fait, Fuentes préfère les villes à la nature. A l'article Ubris Urbis, il consacre aux villes bien aimées de ses errances - Paris, Venise, Prague, Cambridge, Londres, Panama. Montevideo , Rio de Janeiro, Buenos Aires, Genève, Washington, New York, Los Angeles - des pages descriptives qui sont de purs joyaux. Et pour célébrer Mexico, la ville-mère, la ville-reine, Fuentes atteint les sommets du lyrisme.
Séville, Grenade, Ronda, Cordoue, Avila figurent aussi parmi les villes élues ; et si l'Espagne est absente à la lettre E, elle est présente de façon diffuse, comme un thème impossible à éluder, à la plupart des étapes du credo de Fuentes. Certaines des prises de position de l'auteur, notamment sur le tragique dialogue entre l'Espagne et l'Islam, sont de nature à faire trépigner Cervantès dans sa tombe. Mais Fuentes a le mérite de rappeler que l'Espagne est la mère des parlements ( Cortes de León, de Catalogne et de Castille instituées respectivement en 1188. 1217 et 1265) et que, sous l'égide du Roi Juan-Carlos, une démocratie exemplaire est établie dans le pays depuis plus d'un quart de siècle.
A la lettre I - Ibéro-Amérique- figurent des pages ferventes, riches d'avenir, qui méritent de servir de conclusion au credo de Fuentes : " Je crois dans l'Ibéro-Amérique. Pour moi l'Atlantique n'est pas un abîme ; c'est un pont. De grandes civilisations disparurent. La conquête de l'Amérique fut une catastrophe ( ) Mais c'est de la catastrophe de la Conquête que nous sommes tous nés. .. Nous sommes en majorité des métis, fils et filles de la rencontre ".

Elena Ribera de la Souchère

Editions Grasset
390 pages 2O Euros



Nous revenons comme des ombres
Paco Ignacio Taibo II
Traduit de l'Espagnol par René Solis

 
Ce nouveau roman d'Ignacio Taibo II pourrait s'intituler
" Vingt ans après ". Le lecteur y retrouve, en effet, les protagonistes dont il a fait la connaissance dans Ombre de l'Ombre. Dans ces deux oeuvres, Paco Ignacio Taibo II se place de façon évidente dans la lignée du roman populaire d'Alexandre Dumas par le pittoresque des personnages, le foisonnement des épisodes et les retournements inattendus d'une intrigue menée à bride abattue. Ce ne sont que guet-apens, piéges éventés, combats au pistolet ou à l'arme blanche, décès annoncés, déplorés et démentis, messages chiffrés hermétiques et qui seront néanmoins déchiffrés. Les coups de théâtre sont multiples Les héros semblaient perdus et voici que surgissent des sauveurs inattendus. Le lecteur dévore avidement ces 365 pages ; il ne peut en détourner son attention.

Mais l'auteur s'éloigne du roman populaire du XIXème siècle par des procédés d'écriture résolument modernes. Le style est bref incisif. L'argot tient une grande place dans les dialogues. Les chapitres (L'auteur emploie le mot : sections) sont divisés en textes brefs, discontinus, apparemment sans rapport entre eux, et qui ne comportent parfois que quelques lignes. Le romancier s'efforce ainsi de traduire l'incohérence de la vie. Il s'en explique d'ailleurs aux dernières pages de son livre : " Le roman - écrit-il - n'est pas là pour mettre de l'ordre dans le chaos. Le roman se fout de l'ordre. Le roman n'est pas né pour plaire aux amoureux de l'ordre. Il est là pour distraire par le vertige, pour mettre le bordel ". L'incohérence voulue de Paco Taibo II est d'ailleurs plus apparente que réelle. Ses brefs segments de texte sont comme les pièces d'un puzzle : ils s'imbriquent pour former une image, une histoire.
Pour se conformer à la tradition, les trois protagonistes du récit on eu, vingt ans plus, tôt, un compagnon : un avocat nommé Alberto Executor. Mais ce quatrième larron s'est retiré (ou a été interné dans un asile), ce qui le dispense de participer à la chasse aux nazis à laquelle se livrent allégrement ses trois compagnons. Car l'action débute en 1941 au Mexique ou les Nazis tentent de s'implanter, pour mettre la main sur les gisements de pétrole et pour disposer d'une base d'action à proximité des Etats -Unis. Les trois mousquetaires de cet autre " Vingt Ans après " sont, comme tous les héros de Taibo, comme Che Guevara auquel il a consacré une biographie magistrale, ou comme ces Archanges dont les lecteurs français ont lu l'an dernier les cruelles mésaventures, des hommes profondément engagés dans les conflits du siècle, des hommes de gauche ou plutôt d'extrême gauche. Fermin Valencia, surnommé " le poète ", sans doute parce ce qu'il n'a jamais écrit une ligne de poésie, est un mutilé de la guerre civile espagnole. En apparence obscur bureaucrate du Ministère de l'Intérieur, il est, en réalité, un agent secret chargé par son ministère d'enquêtes politiques délicates ; mais il lui arrive d'enquêter pour son propre compte ou d'orienter ses rapports dans le sens de ses convictions. Il est secondé dans son action par son compère, le journaliste Pioquinto Materole qui s'efforce de glisser la bonne parole de gauche dans la neutralité de l'information quotidienne. Et le troisième larron, Tomas Wong, mexicain d'origine chinoise, a participé à la longue marche de Mao Tse Toung.
La ville de Mexico est le champ d'action du poète et du journaliste. Ce qui nous vaut de savoureuses descriptions de la ville vers le milieu du siècle dernier, des officines ministérielles, des salles de rédaction crasseuses et vieillottes. Des bars où se réunissaient alors écrivains et gazetiers, et aussi des intrigues et des compromissions des milieux politiques. Le faible gouvernement post-révolutionnaire fermait les yeux sur les malversations de certains de ses membres et louvoyait entre la droite, qui tentait de se ressaisir et la gauche, qui continuait à se réclamer du Général Cárdenas. Ce climat était propice aux manoeuvres des agents nazis, et nos mousquetaires avaient fort à faire pour les contrecarrer.
Pour sa part. Tómas Wong. Le demi chinois, avait - déjà à cette époque- choisi le Chiapas pour terrain de lutte. Le lecteur se trouve ainsi plongé dans l'ambiance plus simple et mieux connue des conflits ethniques et agraires. Wong a découvert la ferme qui sert de repaire aux agents nazis. Mais au moment ou il observe ses adversaires, il est lui-même épié par deux jeunes allemands qui ouvrent le feu sur lui, à bout portant. Il tombe. On le croit mort. En réalité il a été recueilli et soigné par des enfants indiens. Sous le sobriquet de " l'Iguane ", il reparaît quelques mois plus tard à la tête d'un groupe d'enfants qui donnent la chasse aux agents allemands et à leurs complices dans les montagnes et les forêts du Chiapas.
Les efforts conjugués des trois mousquetaires mexicains finiront, naturellement, par éliminer les agents nazis. Ils sont d'ailleurs aidés par les circonstances. Les Etats-Unis sont en guerre avec les puissances totalitaires depuis l'agression-surprise de Pearl Harbor. La guerre mondiale se rapproche des côtes mexicaines. Des sous-marins allemands croisent dans le golfe du Mexique. L'un d'entre eux torpille, dans la nuit du 13 mai 1942, le pétrolier mexicain Potrero de Llano. Lorsque, huit jours plus tard, un autre navire mexicain, le Faja de Oro, est coulé à son tour, le Président Avila Camacho décide de déclarer la guerre à l'Allemagne. Dès lors la chasse aux nazis en terre mexicaine est non seulement permise mais recommandée ; et nos trois mousquetaires peuvent compter sur l'aide de la police et des forces gouvernementales.
Comme on le voit, ce roman historique est aussi un livre d'histoire, qui abonde en interprétations fantaisistes, mais qui relate aussi, de façon détaillée, des faits réels, et qui a le mérite d'évoquer une période trop oubliée de l'histoire du Mexique.

Elena Ribera de la Souchère

Editions Rivages/Thriller 278 pages
106 Boulevard Saint-Germain
75006 Paris Euros : 21,95




 


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