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Caio Fernando ABREU

 
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MessagePosté le: Mer 11 Fév - 13:16 (2009)    Sujet du message: Caio Fernando ABREU Répondre en citant

 Caio Fernando ABREU 
 
 
 Nouvelliste, romancier, scénariste, auteur dramatique et journaliste né en 1948 à Santiago do Boqueirão, petite ville de l'Etat du Rio Grande do Sul, frontalière de l'Argentine, qui figure dans son oeuvre sous le nom de Passo da Guanxuma.
     Son grand-père Manuel et son père Zaél étaient grands maîtres francs maçons ; sa mère professeur d’histoire et de philosophie.
     Caio Fernando Abreu a commencé à écrire dès l’âge de 14 ans, à l’occasion d’un concours organisé par son lycée où fut couronné “La malédiction des Saint-Marie”, mélodrame situé dans un château des Pyrénées… En publiant ce récit en 1995, dans un recueil en forme de biographie littéraire intitulé en toute provocation : Brebis galeuses, l’auteur remarque malicieusement : “Le succès fut énorme : les filles faisaient la queue pour le lire (il n’y avait qu’une copie, écrite sur un cahier de la marque “En avant” avec un stylo Parker 51)”.
     Après des études de Lettres et d'Art Dramatique à Porto Alegre et quelques publications en revue dès 1966, il s'installe à São Paulo de 1968 à 1994 et travaille comme reporter notamment à la revue Veja, puis comme rédacteur et chroniqueur au quotidien l'Estado de São Paulo. Mais les difficultés politiques et économiques de la vie brésilienne lui ont fait exercer bien d'autres métiers, notamment pour financer de nombreux voyages en Europe : il a été plongeur à Londres, modèle aux Beaux-Arts de Paris, etc..
     Il a publié son premier recueil en 1970. Dans les deux dernières années de sa vie, il s’était retiré à Porto Alegre, capitale de son État d’origine ; il s’est alors consacré à la révision de l’intégralité de son œuvre.
     Au bout d’une carrière arrêtée par le sida à l’âge de 48 ans, la bibliographie de Caio Fernando Abreu comporte 8 recueils de nouvelles, 2 romans, 7 pièces de théâtre toutes représentées, plusieurs scénarios et le recueil de ses chroniques dans le quotidien O Estado de São Paulo, de 1986 à 1995, sous le titre Petites épiphanies. Il a reçu dans son pays de nombreux prix et distinctions. Son œuvre est également traduite en anglais, italien et néerlandais.
   En exergue de l’un de ses premiers recueils, il a placé cette citation du romancier Osman Lins :"Je trouvais beau, à l’époque, d'entendre un poète nous dire qu'il écrivait pour la même raison qu'un arbre donne des fruits. Bien plus tard seulement, j'en suis venu à découvrir que cette affectation était une imposture : que l'homme, forcément, se distinguait des arbres, qu'il devait connaître la raison de ses fruits, qu'il lui incombait de choisir ceux qu'il allait donner, et même de se demander à qui ils étaient destinés, en ne les offrant pas toujours mûrs, mais parfois pourris, et même empoisonnés".
     Admirateur de Clarice Lispector, qui l’appelait “Don Quichotte”, il est dit “biographe des passions” par son amie Lygia Fagundes Telles. Lui-même s’est ainsi défini en 1995, au bout d’une courte existence passée à guetter, éprouver et transcrire les avatars de la réalité : "Je suis un lieu commun incarné. Dans les années 50, j'ai fait de la moto et dansé le rock. Dans les années 60, j'ai été arrêté comme communiste. Puis je suis devenu hippie et j'ai tâté de toutes les drogues. Je suis passé par une phase "punk" et une autre "dance". Il n'y a pas une expérience-cliché de ma génération que je n'aie vécue. Le sida est simplement le visage-cliché de ma mort."
     Le recueil Petites épiphanies s’ouvre sur cette déclaration :"Quand tout paraît sans issue, on peut toujours chanter, je continue à le penser. Voilà pourquoi j'écris" .


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MessagePosté le: Mer 11 Fév - 13:16 (2009)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Mer 11 Fév - 13:17 (2009)    Sujet du message: Caio Fernando ABREU Répondre en citant

Qu'est devenue Dulce Veiga ? (31 janvier 1994)
Petites épiphanies (30 décembre 2000)
Autre voix (L') (23 mai 2000)
Dragons ne connaissent pas le paradis (23 mai 2000)
Brebis galeuses (5 septembre 2002)
Bien loin de marienbad (bilingue portugais)


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MessagePosté le: Mer 11 Fév - 13:17 (2009)    Sujet du message: Caio Fernando ABREU Répondre en citant

 Petites Epiphanies
de : Caio Fernando Abreu
 
 
     
 
En 1986, quand débutent ces chroniques, Caio Fernando Abreu a 38 ans. Il est déjà un écrivain reconnu : 6 de ses ouvrages ont été publiés. Les 62 chroniques réunies à titre posthume sous le titre Petites Épiphanies ont paru irrégulièrement, mais en moyenne mensuellement, dans le grand quotidien O Estado de São Paulo et dans le magazine Zero Hora à partir de février 1995 ; l’une d’elles, inédite, a pu être datée par son titre « Le jour des 59 ans de Vargas Llosa », soit le 28 mars 1995.
     Ce qui frappe, à la lecture de ce recueil, c’est la liberté de sujet, et de ton. On imagine mal dans un quelconque grand quotidien français, un espace semblable longuement occupé, à la même époque et de semblable façon, par un écrivain connu.
     L’inventaire des sujets abordés ne donne pas lieu à statistiques : on avance, dans cette lecture, “au petit bonheur“, et parfois au petit désespoir ou à la grande colère… Les chroniques sont en partie nourries par la vie intime de l’auteur et ses humeurs, du rose au noir, au gré de ses rencontres, de ses expériences, de ses enthousiasmes, et de ses pertes. C’est la fréquente évocation d’amis vivants ou disparus, tous noms connus du monde artistique latino-américaine Ce sont aussi des digressions ou divagations diverses : sur les rites de l’umbanda, sur la position du soleil dans le zodiaque, ...
      Un autre sujet de chronique est l’observation de la vie politique et économique du pays, particulièrement de la vie paulista, de la mégalopole où l’auteur a vécu durant une vingtaine d’années dans un mélange de fascination et de répulsion.
     Enfin, Caio Fernando, qui avait beaucoup voyagé en Europe dans les années 70, a repris ses errances au temps où il se savait atteint par la maladie et condamné : certaines chroniques viennent de France, d’Angleterre, d’Allemagne, de Hollande, tous pays où il commençait à être traduit.

     Maître de la forme courte, si florissante dans le monde latino-américain dont elle excelle à exprimer le permanent état d’alerte, Caio Fernando n’est pas gêné par l’espace contraint dans lequel il doit écrire comme chroniqueur : la contrainte le stimule au contraire. Partout, même dans le noir, on sent une jouissance d’écriture, d’écriture vers un lecteur.
     Claire Cayron

     
www.jose-corti.f


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MessagePosté le: Mer 11 Fév - 13:18 (2009)    Sujet du message: Caio Fernando ABREU Répondre en citant

 Brebis galeuses
de Caio Fernando Abreu
 
Brebis galeuses (Broché)
de
Caio Fernando Abreu
 
     
 
 « Brebis galeuses [est] un livre qui s’est fait tout seul durant 33 ans. De 1962 à 1995, de 14 à 46 ans, de la frontière avec l’Argentine à l’Europe. (…)
On y trouvera de l’autocomplaisance, de l’avant-gardisme, des folies de jeunesse, des délires lysergiques, des pièces de musée. Mais je ne l’assumerais pas si, comme mes autres brebis saines et publiées, je ne me sentais pas capable de le défendre bec et ongles contre les méchants loups du « bon goût » stérile et institué.
En remuant – malgré une allergie à la poussière – des dizaines de classeurs délabrés, jamais je n’ai eu autant la certitude que créer c’est littéralement arracher, par un effort brutal, quelque chose d’informe au Chaos. Et j’avoue que les deux m’attirent, le Chaos et l’in- ou dif-forme. En fin de compte, comme la chanteuse Rita Lee, j’ai toujours eu une tendresse très spéciale pour les plus galeuses des brebis. »
Caio Fernando Abreu

« Textes incomplets, fictions sans destin arrêté, fragments de journal, relation de rêves, chapitres exclus, dialogues sans partenaire, textes purement pornographiques, extraits de livres qui n’ont jamais existé, composent le troupeau de ces brebis galeuses errant dans l’âme de l’écrivain. Il s’agit d’une mise à nu, mais ici le risque de pornographie attaché au nu se change en audacieux abandon. L’amour extrême exige la nudité complète et Caio Fernando Abreu, sans les pudeurs de l’écrivain professionnel, de celui qui devrait préserver une image nette et protocolaire, s’expose tout entier. Ces brebis obscures, dénuées de grandeur et chargées d’incomplétude, offertes en place d’un lion arrogant, projettent une clarté inattendue. Caio nous livre ses brouillons spirituels : en eux, comme des traces millénaires, est inscrit le pouvoir des mots. Il n’est pas d’un écrivain quelconque de se permettre un tel saut dans l’obscur ».
José Castello, in Estado de São Paulo,
20 juillet 1995


© www.corti.fr


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MessagePosté le: Mer 11 Fév - 13:26 (2009)    Sujet du message: Caio Fernando ABREU Répondre en citant

Qu'est ce qu'est devevenue Dulce Veiga
Caio Fernando ABREU 
                                                                 
 

 
Broché: 241 pages
Editeur : Autrement (31 Jan 1994)
Langue: Français
ISBN: 2862604879

Une chanteuse brésilienne a disparu. Vingt ans après, une enquête s'établit à son sujet. Roman réaliste en un style presque onirique.
Ceux qui l'ont connue parlent encore d'elle au présent : elle, la grande Dulce Veiga, qui un beau soir a quitté la scène sans explication. Qu'est-elle devenue ? Est-elle morte, s'est-elle transformée en l'une de ces idoles déchues qui n'intéressent que les rubriques de fait divers ? Mais qu'importe : vingt ans ont passé et les Dulce Veiga d'autrefois ont cédé la place à des stars plus agressives, dans une cité infernale où les secrets trop bien gardés explosent au visage de ceux qui veulent les désamorcer. Le narrateur chargé de l'enquête n'y croit guère au début, même si les coïncidences le guettent. Plus l'énigme se dévoile, plus la vérité se joue de celui qui la cherche, obstiné, à travers l'ombre dorée des émotions perdues.




Critique de Le Monde
Le 10 Juin 1994

D'AUTRES MONDES Infernal Brésil
   LE Brésil de Caio Fernando Abreu semble une antichambre de l'enfer. Plutôt des petits enfers particuliers de cet écrivain surprenant, né en 1948, quelque part à la frontière argentine, journaliste, romancier, auteur dramatique, qui vit à Sao-Paulo depuis vingt-cinq ans et qu'on a pu découvrir récemment en français chez plusieurs éditeurs grâce à sa traductrice, Claire Cayron, qui a décidé de le faire connaître, comme elle a fait connaître le Portugais Torga.
    Gaucho et intellectuel à la fois ("alphabétisé", dit-il), qui, comme son personnage, a fait tous les métiers (il a même été modèle aux Beaux-Arts à Paris), Abreu est l'écrivain d'un Brésil sans carnaval. Un Brésil en décomposition, assaisonné de John Donne, Pessoa, Shakespeare et Virginia Woolf. Ou de Howard Hawks. Avec des cassettes de Lou Reed, de Jim Morrison et de Vinicius de Moraes qui semblent rythmer son dernier roman, Qu'est devenue Dulce Veiga?
    Chargé d'un reportage sur un groupe de hard rock féminin de Sao-Paulo qui répond au nom, résolument "anti-mecs", de Marcia Fellation et les Vagins dentés, le narrateur, un journaliste pigiste quadragénaire dans la dèche, va découvrir que Marcia, la chanteuse du groupe, est en réalité la fille de la mystérieuse Dulce Veiga, dont elle ne sait rien. Dulce Veiga, une chanteuse célèbre en son temps, a quitté la scène, un soir, il y a vingt ans, et a disparu sans explications le jour de la première de ce qui devait être son premier grand show. "La plus élégante, la plus pathétique, la plus mystérieuse, avec cette voix rauque, bénie, qui pouvait donner forme à n'importe quel sentiment, pourvu qu'il soit profond. Et douloureux. Dulce chantait la douleur d'être vivant et qu'il n'y avait pas de remède à cela." Le rédacteur en chef, le patron du journal, l'enquêteur lui-même, qui va se transformer en Philip Marlowe de l'hémisphère sud, ont gardé la nostalgie de cette voix du passé.
    De Dulce Veiga, la belle aux cheveux blonds, évanouie sans laisser de traces, nous saurons peu de choses: elle se produisait dans de petits cabarets plus ou moins sophistiqués, elle avait enregistré un ou deux disques, joué au cinéma quelques petits rôles dans lesquels elle chantait une samba, penchée sur un piano ou fumant à sa table, près d'un seau à champagne. La veille de sa disparition, elle avait déclaré dans une interview: "Je chante pour donner un sens à ma vie, mais je continue de penser que chanter est inutile. (...) J'aimerais disparaître un jour comme ont disparu les tramways qui descendaient les rues, les kiosques à musique sur les places."
    LE narrateur-journaliste chargé de l'enquête va s'attacher avec obstination à percer la conspiration du silence et affronter ceux qui ont connu la chanteuse: son mari Alberto Veiga, son pianiste préféré Pepito Moraes, une actrice célèbre, qui aurait été sa meilleure amie, Lilian Lara, le propriétaire du journal, qui veut faire carrière dans la politique, Rafic. Tous restent muets, comme murés dans leurs souvenirs. Le roman tient en sept journées. Sept jours au cours desquels l'enquêteur va progresser d'indice en indice, comme s'il suivait des signes de piste: un fauteuil de velours vert, un labyrinthe de mercure, une Etoile du Nord... Des mirages aussi, qui lui font voir dans les rues celle qu'il cherche et qui disparaît soudain _ comme Orson Welles, dans le Troisième Homme _ au moment où il va la toucher. Dans cette épreuve, lui-même va tenter de recoller les pièces détachées de sa propre vie de porteur de journaux à Paris, plongeur en Suède, homme de ménage à Londres, barman à New-York, amateur d'acide à Bahia, de feuilles de coca à Machu-Picchu, hanté par le souvenir d'un garçon rencontré une seule fois qui lui a peut-être transmis le sida...
    L'intrigue policière, on l'aura compris, importe moins pour Abreu, dans ce roman qui n'a finalement rien d'un "polar", que la quête de soi, dans un monde agressif et déglingué, où la laideur est beauté, où règne la confusion des sexes, des religions et des esprits. Où les drogues dures sont le substitut inévitable à un monde où, au-delà du bien et du mal, règne le Rien. Dans cette ville de toutes les perversions et de toutes les inversions, où les décors de théâtre peuvent être des poubelles recouvertes de fragments humains, où les immeubles semblent contaminés, "en phase finale", tout comme leurs habitants, où des filles en jean effrangé et brodequins de soldat arborent entre les seins un sexe menaçant aux dents crénelées comme celles des requins et des bracelets cloutés au poignet. Tandis que les créatures de rêve, en talons hauts et colliers de perle, peuvent être de délirants garçons. Un monde gay, dans une ville folle où l'on croit à la magie, aux astres et aux orixas. Où l'amour filial n'est pas interdit. Et où les chats peuvent s'appeler Vita Sackville West.
    U N lieu de rêve, finalement, pour l'auteur qui y installe ses fantasmes et sa passion pour la littérature, la musique et le cinéma. Passion que l'on retrouve dans ce petit texte, intitulé Bien loin de Marienbad, écrit à l'issue d'un séjour à la Maison des écrivains de Saint-Nazaire. Une errance d'un être qui a perdu ses repères, qui cherche des traces, des pistes. Ou encore dans ces nouvelles groupées sous le titre l'Autre Voix, le second recueil que publient les éditions Complexe, après Les dragons ne connaissent pas le paradis, qui nous avait fait découvrir Abreu. Des nouvelles qui sont comme l'essence de l'univers déshumanisé et pourrissant qui hante cet étrange Brésilien qui ne cesse de s'observer, obsédé par l'impossibilité de se passer des exigences du corps. Un fou de littérature.
    Dans ce second recueil de nouvelles, qui colle longtemps à la mémoire, il y a ce "type bien propre" qui ne se trouve "pas moche", qui parfois enlève ses vêtements et se regarde nu dans la glace, se palpe, sent son corps qui devient mou et qui ne peut oublier, malgré toutes les histoires qu'il s'invente, celui qu'il appelle son "Doudou".
    Il ne peut accepter la solitude, l'impossibilité du dialogue, la mer infinie de l'existence immobile et en mouvement à la fois. Dont il ne reste que l'odeur de fraise moisie. Et le désir lucide d'en faire une histoire belle comme la littérature. Un auteur à suivre.

ZAND NICOLE

 
                                                                 
 

 
Broché: 241 pages
Editeur : Autrement (31 Jan 1994)
Langue: Français
ISBN: 2862604879

Une chanteuse brésilienne a disparu. Vingt ans après, une enquête s'établit à son sujet. Roman réaliste en un style presque onirique.
Ceux qui l'ont connue parlent encore d'elle au présent : elle, la grande Dulce Veiga, qui un beau soir a quitté la scène sans explication. Qu'est-elle devenue ? Est-elle morte, s'est-elle transformée en l'une de ces idoles déchues qui n'intéressent que les rubriques de fait divers ? Mais qu'importe : vingt ans ont passé et les Dulce Veiga d'autrefois ont cédé la place à des stars plus agressives, dans une cité infernale où les secrets trop bien gardés explosent au visage de ceux qui veulent les désamorcer. Le narrateur chargé de l'enquête n'y croit guère au début, même si les coïncidences le guettent. Plus l'énigme se dévoile, plus la vérité se joue de celui qui la cherche, obstiné, à travers l'ombre dorée des émotions perdues.





Critique de Le Monde
Le 10 Juin 1994

D'AUTRES MONDES Infernal Brésil
   LE Brésil de Caio Fernando Abreu semble une antichambre de l'enfer. Plutôt des petits enfers particuliers de cet écrivain surprenant, né en 1948, quelque part à la frontière argentine, journaliste, romancier, auteur dramatique, qui vit à Sao-Paulo depuis vingt-cinq ans et qu'on a pu découvrir récemment en français chez plusieurs éditeurs grâce à sa traductrice, Claire Cayron, qui a décidé de le faire connaître, comme elle a fait connaître le Portugais Torga.
    Gaucho et intellectuel à la fois ("alphabétisé", dit-il), qui, comme son personnage, a fait tous les métiers (il a même été modèle aux Beaux-Arts à Paris), Abreu est l'écrivain d'un Brésil sans carnaval. Un Brésil en décomposition, assaisonné de John Donne, Pessoa, Shakespeare et Virginia Woolf. Ou de Howard Hawks. Avec des cassettes de Lou Reed, de Jim Morrison et de Vinicius de Moraes qui semblent rythmer son dernier roman, Qu'est devenue Dulce Veiga?
    Chargé d'un reportage sur un groupe de hard rock féminin de Sao-Paulo qui répond au nom, résolument "anti-mecs", de Marcia Fellation et les Vagins dentés, le narrateur, un journaliste pigiste quadragénaire dans la dèche, va découvrir que Marcia, la chanteuse du groupe, est en réalité la fille de la mystérieuse Dulce Veiga, dont elle ne sait rien. Dulce Veiga, une chanteuse célèbre en son temps, a quitté la scène, un soir, il y a vingt ans, et a disparu sans explications le jour de la première de ce qui devait être son premier grand show. "La plus élégante, la plus pathétique, la plus mystérieuse, avec cette voix rauque, bénie, qui pouvait donner forme à n'importe quel sentiment, pourvu qu'il soit profond. Et douloureux. Dulce chantait la douleur d'être vivant et qu'il n'y avait pas de remède à cela." Le rédacteur en chef, le patron du journal, l'enquêteur lui-même, qui va se transformer en Philip Marlowe de l'hémisphère sud, ont gardé la nostalgie de cette voix du passé.
    De Dulce Veiga, la belle aux cheveux blonds, évanouie sans laisser de traces, nous saurons peu de choses: elle se produisait dans de petits cabarets plus ou moins sophistiqués, elle avait enregistré un ou deux disques, joué au cinéma quelques petits rôles dans lesquels elle chantait une samba, penchée sur un piano ou fumant à sa table, près d'un seau à champagne. La veille de sa disparition, elle avait déclaré dans une interview: "Je chante pour donner un sens à ma vie, mais je continue de penser que chanter est inutile. (...) J'aimerais disparaître un jour comme ont disparu les tramways qui descendaient les rues, les kiosques à musique sur les places."
    LE narrateur-journaliste chargé de l'enquête va s'attacher avec obstination à percer la conspiration du silence et affronter ceux qui ont connu la chanteuse: son mari Alberto Veiga, son pianiste préféré Pepito Moraes, une actrice célèbre, qui aurait été sa meilleure amie, Lilian Lara, le propriétaire du journal, qui veut faire carrière dans la politique, Rafic. Tous restent muets, comme murés dans leurs souvenirs. Le roman tient en sept journées. Sept jours au cours desquels l'enquêteur va progresser d'indice en indice, comme s'il suivait des signes de piste: un fauteuil de velours vert, un labyrinthe de mercure, une Etoile du Nord... Des mirages aussi, qui lui font voir dans les rues celle qu'il cherche et qui disparaît soudain _ comme Orson Welles, dans le Troisième Homme _ au moment où il va la toucher. Dans cette épreuve, lui-même va tenter de recoller les pièces détachées de sa propre vie de porteur de journaux à Paris, plongeur en Suède, homme de ménage à Londres, barman à New-York, amateur d'acide à Bahia, de feuilles de coca à Machu-Picchu, hanté par le souvenir d'un garçon rencontré une seule fois qui lui a peut-être transmis le sida...
    L'intrigue policière, on l'aura compris, importe moins pour Abreu, dans ce roman qui n'a finalement rien d'un "polar", que la quête de soi, dans un monde agressif et déglingué, où la laideur est beauté, où règne la confusion des sexes, des religions et des esprits. Où les drogues dures sont le substitut inévitable à un monde où, au-delà du bien et du mal, règne le Rien. Dans cette ville de toutes les perversions et de toutes les inversions, où les décors de théâtre peuvent être des poubelles recouvertes de fragments humains, où les immeubles semblent contaminés, "en phase finale", tout comme leurs habitants, où des filles en jean effrangé et brodequins de soldat arborent entre les seins un sexe menaçant aux dents crénelées comme celles des requins et des bracelets cloutés au poignet. Tandis que les créatures de rêve, en talons hauts et colliers de perle, peuvent être de délirants garçons. Un monde gay, dans une ville folle où l'on croit à la magie, aux astres et aux orixas. Où l'amour filial n'est pas interdit. Et où les chats peuvent s'appeler Vita Sackville West.
    U N lieu de rêve, finalement, pour l'auteur qui y installe ses fantasmes et sa passion pour la littérature, la musique et le cinéma. Passion que l'on retrouve dans ce petit texte, intitulé Bien loin de Marienbad, écrit à l'issue d'un séjour à la Maison des écrivains de Saint-Nazaire. Une errance d'un être qui a perdu ses repères, qui cherche des traces, des pistes. Ou encore dans ces nouvelles groupées sous le titre l'Autre Voix, le second recueil que publient les éditions Complexe, après Les dragons ne connaissent pas le paradis, qui nous avait fait découvrir Abreu. Des nouvelles qui sont comme l'essence de l'univers déshumanisé et pourrissant qui hante cet étrange Brésilien qui ne cesse de s'observer, obsédé par l'impossibilité de se passer des exigences du corps. Un fou de littérature.
    Dans ce second recueil de nouvelles, qui colle longtemps à la mémoire, il y a ce "type bien propre" qui ne se trouve "pas moche", qui parfois enlève ses vêtements et se regarde nu dans la glace, se palpe, sent son corps qui devient mou et qui ne peut oublier, malgré toutes les histoires qu'il s'invente, celui qu'il appelle son "Doudou".
    Il ne peut accepter la solitude, l'impossibilité du dialogue, la mer infinie de l'existence immobile et en mouvement à la fois. Dont il ne reste que l'odeur de fraise moisie. Et le désir lucide d'en faire une histoire belle comme la littérature. Un auteur à suivre.


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MessagePosté le: Mer 11 Fév - 13:27 (2009)    Sujet du message: Caio Fernando ABREU Répondre en citant

 L'AUTRE VOIX
de : Caio Fernando Abreu
 


     
 
 
Editeur(s) : Complexe

Collection :
L'HEURE FURTIVE
Genre : ROMAN CONTEMPORAIN
Date de Parution : 23/05/2000

 
Sur Une petite plage de sable clair, là-bas au bord de la rivière, un drame s'est joué. Face à la mer ou en écoutant. A l'occasion d'une grande peine - mélodie d'Erik Satie - le Dialogue est malaisé. Impossible ? Non, pas pour Ces deux-là, malgré l'hostilité qui les entoure. Dans la dépersonnalisation engendrée par le monde moderne et la vie urbaine, les Photographies remplacent la chaise vide. Un goût de Fraises moisies persiste jusqu'au lever du jour. Quelque part dans Rio de Janeiro, un couple, en proie à la médiocrité de son quotidien professionnel, affectif et sexuel, joue Les survivants. Dans un bar évoquant un aquarium aux eaux sales, un homme de presque quarante ans rencontre un garçon de presque vingt, Le garçon le plus triste du monde. D'où vient la tristesse ? Peut-être d'une lointaine culpabilité que la chanson Feuilles mortes vient ressusciter. Alors, emmuré, dans l'effroi de l'âme, on entend, à cinq heures et quart de l'après-midi, la sonnerie du téléphone et L'autre voix. Ainsi vont les histoires du deuxième recueil de nouvelles de Caio Fernando Abreu. Même univers aussi peu tropical que possible pour ce Brésilien qui ne connaît plus que le monde déshumanisé de l'asphalte et revendique, avec une violente douceur, l'affirmation de l'identité hors des conventions, dans l'exploration des profondeurs, et jusqu'à la "folie".


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MessagePosté le: Mer 11 Fév - 13:28 (2009)    Sujet du message: Caio Fernando ABREU Répondre en citant

 LES DRAGONS NE CONNAISSENT PAS LE PARADIS
de : Caio Fernando Abreu
 


 
 
 Editeur(s) : Complexe

Collection :
L'HEURE FURTIVE
Genre : ROMAN CONTEMPORAIN
Date de Parution : 23/05/2000

 
 
Les fruits de l'oeuvre de Caio Fernando, hors des paradis tropicaux au goût des appétits européens sont ceux d'un Brésil en décomposition, de carnavals macabres masqués par le Carnaval. Les fruits des gigantesques centres urbains tels que Sao Paulo ; anonymat, solitudes, précarité, violence, prostitutions ; intoxication par toutes les drogues dont on se pique, au propre et au figuré. L'écriture est impressionnée par ce regard, comme une plaque photographique : elle ne décrit pas, elle est violence, clichés, laideur, solitude, abandon, folie. Mais sa lecture, par un effet de paradoxe hautement littéraire, parle maîtrise, poésie, beauté, solidarité, lucidité, et une histoire horrible devient belle. Des enfers de Caio Fernando on sort, béant. La nouvelle, forme par excellence du monde latino-américain, est le terrain naturel de son univers fragmenté. Ici, rien ne dure, rien ne s'affirme, tout lasse, casse et passe. L'illusion comme son contraire. Dans l'ironie mortelle et la vivante simplicité.


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