Index - FAQ - Rechercher - Membres - Groupes - S’enregistrer - Messages Privés - Connexion
edouard glissant

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    ce qui restait à dire sur les ecrivains de las americas Index du Forum -> ce qui restait à dire sur les ecrivains de las americas -> edouard glissant
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
larouge
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 05 Fév 2009
Messages: 415

MessagePosté le: Mar 10 Fév - 16:26 (2009)    Sujet du message: edouard glissant Répondre en citant


Édouard Glissant, ou «le feu des mots fous»  
 
 Antilles. Comme dans «Tout-Monde» ou «Sartorius», le roman-poésie «Ormerod» fait à nouveau éclater les strates temporelles et spatiales dans une éruption magnifique.
Titre: Ormerod
Auteur: Édouard Glissant
Editeur: Gallimard
Autres informations: 366 p. 
 
 
 Isabelle Rüf, Samedi 10 mai 2003  
  
 Un fleuve qui se fraie un chemin dans les mangroves pour se perdre dans la mer des histoires: c'est Ormerod, dont le dernier chapitre s'intitule justement «Annexes et affluents». La «plaisante obscurité» de l'écriture d'Edouard Glissant, «qui toujours laisse à deviner», est celle des traces dans les sous-bois, des cieux noircis par les cyclones. Depuis bientôt un demi-siècle qu'il a reçu le Prix Renaudot pour La Lézarde, son œuvre a proliféré comme l'enchevêtrement des lianes dans les mornes de sa Martinique originelle. Il a développé son esthétique du grand brassage des genres et des styles dans Tout-Monde (1993). Dans Sartorius (1999) puis dans ce dernier roman, il fait à nouveau éclater les strates temporelles et spatiales dans une éruption magnifique.
Il y a de l'histoire, pourtant, dans Ormerod, ou plutôt un entrelacs d'histoires et de légendes. En 1793, à Sainte-Lucie, Flore Gaillard mène l'insurrection contre les Anglais avec sa troupe de nègres-marrons. C'est une de ces «femmes-matadors», chères au disciple de Glissant, Patrick Chamoiseau, une «forte négresse-mulâtresse, trace de la nature tourmentée». A Grenade, dont le nom est fruit et arme, en 1983, le gouvernement démocratique de Maurice Bishop est renversé et le leader assassiné. Dans les premières années du nouveau siècle, sur la plage du Diamant à la Martinique, Apocal, double de l'auteur, et son ami Nestor'o, convoquent ces figures-là dans de vigoureuses joutes verbales, et une longue cohorte de persécutés, de tout temps et de Tout-Monde. Jusqu'au nom à l'éclat de bijou du titre, Ormerod (choisi pour ses résonances musicales et sémantiques), qui ouvre sur les lointains de l'Australie: c'est celui d'une amie de l'auteur, liée aux insurgés de Grenade.
La liberté que Glissant prend dans ce roman-poésie, écrit «comme trace dans les bois», le lecteur peut y faire reddition, se laisser entraîner par le souffle brûlant du «feu des mots fous», parfois lyrique, parfois comique. Ou se frayer son propre chemin, s'arrêter sur les digressions magnifiques – comme cet hommage à Melville enchâssé dans le récit –, sauter d'une île à l'autre de cet «arc sans flèche» des Caraïbes. Car, en dépit d'incursions au Chili, au Brésil, en Afrique, à la Louisiane, l'œil du cyclone est quelque part entre Saint-Domingue, la Guadeloupe de la mulâtresse Solitude, Cuba et Grenade. Mais n'en cherchez pas le centre. «Vous qui tenez tant à préciser où ça se passe et comment», pour errer à l'aise dans ce tourbillon, mieux vaut abdiquer tout désir de récit linéaire et accepter d'être enveloppé dans le tissu chamarré que les «enroulements de paroles» finissent par tisser.
Le Tout-Monde est balayé par «le vent le vent le vent» qui apporte la voix d'Ulysse, unit les continents, «ne suggère que la passion d'un rapport à l'autre, et aucune morale». Il est hanté par le peuple invisible, «non élu», des Batoutos, qui se cachait déjà dans les bois de Sartorius dont Ormerod est la continuation. Né des étreintes fécondes ou meurtrières de tous les peuples, il représente les persécutés de tous les pouvoirs. Ici, peu importe qu'on soit nègre ou pas. On a même, comme Apocal et Nestor'o, la liberté de ne pas l'être. La revendication de la négritude, chère à Césaire, est oubliée puisque tout se mêle et s'entrechoque dans un puissant chaos où résonnent pourtant à jamais les tambours de la rébellion des esclaves.
Pas de morale? Pas si sûr. Une vision, au moins, cataclysmique: «Il est dit, de science et prophétie certaines, que bientôt, demain, un monstrueux raclement des plaques d'en dessous provoque – comme une écriture concassée qui d'elle-même s'emporte et se meurtrit – l'apocalypse qui engloutit ces terres et submerge la mer elle-même, dans une furie d'eau sans dimension ni intention, et de vent sans direction.»
 
www.letemps.ch


Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: Mar 10 Fév - 16:26 (2009)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    ce qui restait à dire sur les ecrivains de las americas Index du Forum -> ce qui restait à dire sur les ecrivains de las americas -> edouard glissant Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | Panneau d’administration | Creer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB
Appalachia Theme © 2002 Droshi's Island
Traduction par : phpBB-fr.com
Designed & images by Kooky