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Deux continents, une littérature

 
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larouge
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MessagePosté le: Sam 7 Fév - 16:14 (2009)    Sujet du message: Deux continents, une littérature Répondre en citant

Deux continents, une littérature
Article paru dans l'édition du 17.04.92


Entre l'Espagne et l'Amérique latine, un aller-retour continuel


a guerre civile avait interrompu les expériences rénovatrices de Max Aub, Sender et Ayala. Les fascistes imposaient l'exaltation du nationalisme. Quelques écrivains osaient revenir à un réalisme datant du dix-neuvième siècle, tandis que les non-conformistes qui pratiquaient le tremendismo (peinture violente de la réalité) étaient traqués par la censure, y compris Camilo José Cela, et la Famille de Pascual Duarte, terminé en 1939, n'a pu être publié qu'en 1942.
Au réalisme et au tremendismo succède ce qu'on a appelé la " génération des années 50 ", avec Juan Goytisolo, Juan Garcia, Hortelano, Caballero Bonald, Lopez Salinas... qui se bornaient à introduire la lutte des classes dans la littérature. C'est dans ce contexte des années 60 que se produit à Barcelone le phénomène littéraire du " boom ". L'éditeur Seix-Barral, voulant en finir avec le réalisme social, crée le prix Biblioteca breve que vont gagner Mario Vargas Llosa, le péruvien, Carlos Fuentes, mexicain, et Guillermo Cabrera Infante, cubain. L'histoire ne faisait que se répéter. Rubén Dario était arrivé à Madrid en 1892 pour représenter son pays aux grandes festivités du quatrième centenaire de la Découverte. L'Espagne venait de perdre la guerre de Cuba et sa dernière colonie d'outre-mer. " L'Espagne amputée, souffrante, vaincue, n'est pas encline, c'est sûr, à la littérature ", écrit-il. Et c'est lui, le Nicaraguayen, qui allait redonner vie à la langue et à la poésie espagnoles.
Aucun des auteurs dont le nom a été associé à ce " boom " ne se prêta consciemment à ce qui fut une opération commerciale bien vue du franquisme. Commençait alors le " miracle économique " espagnol. Carmen Balcells, aujourd'hui agent littéraire de quatre Prix Nobel, allait se charger d'exporter les oeuvres aux quatre coins du monde. L'immense marché d'Amérique latine s'ouvrait à l'industrie du livre, et M. Fraga Iribarne se voyait contraint d'atténuer la rigueur de la censure.
Les Latino-Américains occupaient un espace qui demeurait interdit aux Espagnols. Vazquez Montalban écrivait des vers en prison ; Juan Marsé luttait contre les censeurs ; Juan Goytisolo, exilé à Paris, était édité chez Gallimard. Les écrivains latino-américains situaient leurs oeuvres dans le lointain Pérou, dans un Buenos-Aires métaphysique, dans la région la plus transparente du Mexique ou dans le mythique Macondo.
Plus cosmopolites, les Latino-Américains apportaient informations et techniques nouvelles à des écrivains qui, la plupart du temps, ne pouvaient franchir la frontière. Les " latinos " apportaient dans leurs bagages, outre la tradition romanesque espagnole, l'héritage baroque de leurs prédécesseurs immédiats : Arquedas, Asturias et Alejo Carpentier entre autres. Un langage flamboyant qui contrastait avec l'écriture ankylosée de la Péninsule. Juste retour des choses : n'était-ce pas Bernal Diaz del Castillon le " soldat inspiré " de Valladolid, qui, au seizième siècle, avait le premier pratiqué le " réalisme magique " dans son Histoire véridique. N'est-ce pas le Galicien Valle-Inclan qui inaugura le genre des romans sur les dictateurs latino-américains avec son Tirano Banderas, où il réussit la symbiose des termes et des tournures espagnoles et latino-américaines ?
Installés à Barcelone, Garcia Marquez et Mario Vargas Llosa établissent avec les Espagnols une relation semblable à celle qu'avaient maintenue au début du siècle le Chilien Vicente Huidobro et l'Argentin Borges avec Cansinos Assens et Gomez de la Serna. Plus tard, après la guerre civile espagnole, c'est en Amérique qu'allait s'exiler la poésie de Juan Ramon Jimenez, Jaime Salinas, Leon Felipe ou de Luis Cernuda. Influences aller et retour qui finissent pas créer une seule littérature, qu'elle soit produite en castillan du Mexique, de Colombie, de Catalogne, de Castille ou des îles Canaries.
En 1960, l'arrivée des écrivains latino-américains provoque une résistance des " réalistes " Ignacio Agusti, José Maria Lera, Tomas Salvador. Les plus lucides, toutefois y voient la possibilité de renouveler la langue et de sortir de la littérature " engagée ". Les Demeures du silence de Luis Martin Santos (1961) marque la première tentative de rupture. En 1967, Tu reviendras à Region, de Juan Benet, avec son temps suspendu et ses références occultes à Faulkner, Proust, Gracq, Buzzati, détrône définitivement le " roman à thèse " et constitue la réaction la plus extrême au réalisme traditionnel.
Mais ce seront Juan Goytisolo (Pièces d'identité), Miguel Delibes (Parabole d'un naufragé), Camilo José Cela (Office des ténèbres), Caballero Bonald (Agata, ojos de gato), Torrente Ballester (la Saga-Fugue de J. B.) et Juan Marsé (Ultimas tardes con Teresa) _ les uns par le biais de l'imagination, les autres par l'intérêt porté à la structure et au texte _ qui appliqueront le mieux les techniques nouvellement importées. La publication de Pantaleon et les Visiteuses (1973) de Mario Vargas Llosa revéla aux écrivains espagnols, comme le fait observer un Vazquez Montalban goguenard, qu'ils pouvaient déjà écrire comme les Latino-Américains. Miguel Espinosa (Escuela de mandarines) et Eduardo Mendoza (la Vérité sur le cas Savolta), en racontant des histoires avec un langage très soigné, avec des intrusions discrètes dans l'avant-garde, ont ouvert la voie à la génération des Guelbenzu, Félix de Azua et Javier Marias.
Après la mort de Franco et la suppression totale de la censure, on s'attendait à ce que surgissent des génies jusque-là occultés. Il n'en fut pas ainsi. Les six romans de qualité incontestable parus en Espagne au cours des cinquante dernières années ont tous été écrits avant 1975 : la Ruche de Camillo José Cela, El Jarama, de Raborel Sanchez Ferlosio, les Demeures du silence de Luis Martin Santos, Adieu la vie, Adieu l'amour de Juan Marsé, la Jeunesse d'Ulysse d'Alvaro Cunqueiro et Tu reviendras à Region de Juan Benet. Il s'agit là d'une sélection très personnelle et pas trop risquée.
Quatrième producteur mondial de livres _ 43 896 titres en 1991 _ avec un potentiel de croissance de 40 % à 50 %, l'Espagne voit ses moyens et petits éditeurs disparaître au profit des multinationales. Avec leur stratégie à court terme, celles-ci publient presque tout et parfois n'importe quoi (1). Toutes les tendances, tous les courants coexistent en ces moments de confusion.
On ne peut plus parler d'influence latino-américaine stricto sensu, l'assimilation ayant été parfaite, mais d'une présence. Parfois perceptible, comme chez Landero ou Atxaga, elle peut aussi être cryptique : Munoz Molina a gagné le dernier prix Planeta sous le pseudonyme de Brausen, qui est le personnage principal de la Vie brève de Juan Carlos Onetti, celui-là même qui était sorti de ce roman pour le terminer à la place du maître uruguayen.
CHAO RAMON


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MessagePosté le: Sam 7 Fév - 16:14 (2009)    Sujet du message: Publicité

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