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robbe-grillet

 
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MessagePosté le: Ven 6 Fév - 13:16 (2009)    Sujet du message: robbe-grillet Répondre en citant

La disparition de Robbe-Grillet
Le pape est mort
Par Didier Jacob
L'auteur des «Gommes» a révolutionné la littérature dans les années 60. Retour sur la carrière d'un classique discuté. Par Didier Jacob





De Robbe-Grillet, on savait tout et pas grand-chose. Sa naissance bretonne (18 août 1922 à Brest), son diplôme d'ingénieur agronome. Fils d'instituteur, il est réquisitionné par le STO qui l'envoie fabriquer des chars Panther à Nuremberg. Une blague, en comparaison de ce qui l'attend: il effectue après la guerre, pour le compte de l'INSEE, des frottis vaginaux sur des rates castrées, dans un centre d'insémination artificielle. Il n'en faut pas plus pour fonder une école littéraire. Après un premier essai chez Gallimard, qui refuse son premier roman, «Un régicide», récit reproduisant par sa structure la schizophrénie de son héros, il publie «les Gommes» en 1953. A Robbe-Grillet is born.

Salué par Barthes et Cayrol, le livre tarde cependant à s'imposer. Robbe-Grillet devient lecteur chez Minuit, poste qu'il occupera, auprès de Jérôme Lindon, son indéfectible ami, pendant trente ans, ce qui lui permettra de prolonger, sur la durée, l'intuition qu'il avait eue avec quelques uns de ses pairs. L'heure du scandale arrive enfin. Il publie «le Voyeur», et son non-héros voyageur de commerce déchaîne les passions. Mais c'est en 1963 que tout s'embrase: il réunit dans un recueil de textes théoriques des essais sur la littérature en forme de déclaration de guerre, «Pour un nouveau roman». Une grenade lancée dans les rangs de tous les écrivains dont la prose, à l'époque, continuait d'obéir à cet impératif psychologique qui avait cours sous le Second Empire. Le livre, aujourd'hui un classique, fait mouche, et il est formidable.

C'est qu'il y avait beaucoup à débarrasser, dans le placard à balais néo-balzacien où croupissait la littérature de l'époque. Avec un généreux et communicatif aplomb, Robbe-Grillet appelle, en somme, la littérature à marcher avec son temps. Sont enrôlés, dans son Service du Nouveau Roman obligatoire, «tous ceux qui cherchent de nouvelles formes romanesques, capables d'exprimer (ou de créer) de nouvelles relations entre l'homme et le monde, tous ceux qui sont décidés à inventer le roman, c'est-à-dire à inventer l'homme.» C'est une nouvelle littérature qui se cherche, contre le réalisme, contre l'engagement, contre Mauriac (qui le vilipende, lui et Ponge dont le vieux catholique ne parvient pas à comprendre le génie presque mystique). L'homme, chez Robbe-Grillet, devient objet humain. L'indécision règne, l'absurde menace, et le personnage trinque. Depuis Robbe-Grillet, il faut se signer quinze fois, se flageller plus encore, demander pardon au saint patron des romanciers pour oser commencer son récit par il était une fois.

Ne le lui a-t-on assez reproché ! Comme si, d'avoir secoué le cocotier, le rendait responsable des années de prétendue stérilité qui ont suivi. Il fallait voir les injures fleurir dans les jardins des confrères. Idolâtré dans les universités américaines comme un griot occidental, Robbe-Grillet devient, en France, l'écrivain à abattre. Cible d'autant plus facile que, les années passant, Robbe-Grillet peine à se renouveler, publiant des livres qui semblent même jouer de registres qu'il avait lui-même condamnés. Contrairement à Claude Simon, dont l'œuvre grandit jusqu'au dernier moment, Robbe-Grillet n'a pas su durer. Une fois les barricades érigées, les pavés jetés sur les vieilles manières littéraires, de plus jeunes loups s'occupèrent de faire la révolution autrement. Ils avaient décidé d'être modernes sans meneur, sans Robbe-Grillet.

Cabotin? Il l'était. Amateur de chairs enfantines? Il s'en vantait jusque dans son dernier livre, publié sous blister, comme s'il n'avait plus que ce talent de taquiner le bourgeois, poisson frétillant qui d'ailleurs mordait toujours. Il faut porter à son actif quelques ouvrages d'inégal intérêt, des films érotico-ridicules où l'on plaint encore, pour leurs invraisemblables apparitions, Gabrielle Lazure ou Anicée Alvina, corps nus qu'il filmait sans cesser d'être un écrivain, comme des paragraphes. En vérité, Robbe-Grillet cherchait encore à en découdre avec toutes les arrière-gardes. Sauf que les combattants avaient, depuis longtemps, déserté ce front.

Lui-même, du reste, y croyait-il encore vraiment? S'il vient de mourir, la messe était dite depuis longtemps. Sans doute ses livres ne surent jamais complètement s'affranchir du poids de cette théorie qui les avait fait connaître, quand un Simon, un Beckett, une Sarraute, surent aller plus loin, sans être pour autant moins novateurs, dans l'expression des souvenirs et du désarroi intérieur. Reste que Robbe aura marqué son temps. Etrange surnom pour celui qui, admis sous la Coupole, sans doute heureuse aujourd'hui de s'être débarrassée d'un trublion qu'elle avait élu sans l'accepter vraiment, n'avait jamais été reçu, refusant d'endosser le costume. N'importe. Si le Nouveau Roman était bien «l'association de malfaiteurs» décrite par Nathalie Sarraute (Michel Butor ayant depuis longtemps fait chemin à part), alors on peut enfin, avec la mort du cerveau de la bande, classer l'affaire sans suite.

Didier Jacob  
L'œuvre de Robbe-Grillet a été publiée aux Editions de Minuit.

Robbe-Grillet en cinq dates

1922 - Naissance à Brest

1953 - « Les Gommes »

1963 - « Pour un nouveau roman »

2004 - Election à l'Académie

2008 - Robbe-Grillet meurt à Caen

 


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MessagePosté le: Ven 6 Fév - 13:16 (2009)    Sujet du message: Publicité

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